De 1914 à 1918, le monde occidental opère une mutation radicale. Les armes deviennent chimiques, leur impact sur l’homme et l’environnement est inédit jusqu’alors, et se poursuit jusqu’à ce jour.
Comment est née l’idée de Paysages en Bataille ?
Lors d’une excursion familiale en Argonne, j’ai été saisie par la beauté du panorama que l’on a depuis le sommet de la butte de Vauquois. A 25 km au nord-est de Verdun, Allemands et Français s’y sont affrontés de septembre 1914 à avril 1918, dans une effroyable guerre des mines qui a ravagé le tertre et le village qu’il portait. En visitant le site, on prend la mesure du paradoxe qu’exprime le géographe Yves Lacoste : « (…) parmi les endroits d’où l’on peut voir un paysage, celui dont la vue est la plus belle est presque toujours celui qui est le plus intéressant dans un raisonnement de tactique militaire ». J’ai eu envie alors de sillonner les paysages qui portent les stigmates de la Première Guerre Mondiale, à la recherche de ce lien entre l’histoire et la nature.
Au fur et à mesure de cette enquête, les découvertes réalisées ont dessiné un champ d’investigation plus large et plus riche que je ne le soupçonnais, avec ses aspects étonnants, comme celui de l’existence de plantes obsidionales, amenées sur le terrain par les belligérants de l’époque, mais aussi d’autres aspects plus inquiétants, comme le danger que représentent les dépôts de munition immergés en mer, ou la pollution des sols par les engins de guerre et leurs charges chimiques… J’ai découvert aussi que malgré ces atteintes importantes, la nature semble vouloir renaître sur les sites de guerre. La résilience écologique des sites de guerre est-elle une illusion ? « Si je pénètre malgré tout dans ce champ miné, c’est plus pour poser des questions que pour y répondre » a écrit Henri Laborit dans son Eloge de la fuite. La Belgique, et en particulier la région d’Ypres, a été marqué de façon importante par le premier conflit mondial. De nombreux vestiges de guerre, armes, munitions, et autres sources de pollution héritées de cette guerre subsistent sur le territoire, parfois même sous forme de dépôts volontaires.
Cette enquête a pour but de briser le silence pesant qui règne autour de ces stigmates de la guerre de 1914-1918 dans notre paysage, et de leurs conséquences sur nos sols et notre environnement.
L'autrice
Née à Leuven (Belgique) en 1975, Isabelle Loodts a décroché une licence en Archéologie préhistorique à l’Université de Liège en 1997. Après avoir sondé le passé de l’Homme durant 7 ans, elle s’est lancée dans le journalisme pour répondre à un désir impérieux : celui de la rencontre de ses contemporains, et de la recherche de voies durables pour un avenir humain dans le respect de la nature ordinaire et extraordinaire…
Journaliste pour la presse écrite (Nest, Femmes d’Aujourd’hui, La Libre, Imagine…), Isabelle réalise aussi des reportages télévisés pour Le Jardin Extraordinaire (RTBF), et présente chaque semaine une chronique sur Classic 21 et sur La Première (RTBF), au sein de l’émission Nuwa, ainsi qu’en télévision pour l’émission Sans Chichis (RTBF). Depuis 3 ans, elle partage aussi ses découvertes et réflexions sur le blog Madame Nature.
Journaliste à la croisée de l’Histoire et de l’environnement
Isabelle tient de son enfance, et particulièrement des années passées au Rwanda, son émerveillement pour la nature. Aujourd’hui, elle a fait de cette passion son quotidien : ses recherches ne se ferment à aucun secteur, pour autant que l’on puisse y retrouver en filigrane une préoccupation écologique.
L’Histoire étant une passion familiale, Isabelle a eu la chance de seconder son papa, Patrick Loodts, dans l’écriture d’un livre sur l’évolution de la médecine durant première guerre mondiale, « La Grande Guerre des Soignants » (Editions Memogrames, 2007). Ce travail à révélé à ses yeux le caractère particulier de cette première guerre moderne : au cours de ces 4 années, le monde occidental opère une mutation radicale. Les armes deviennent chimiques, leur impact sur l’homme et l’environnement est inédit jusqu’alors, et se poursuit jusqu’à ce jour.
« À la veille des commémorations du centenaire de la Première Guerre Mondiale, l’exploration du conflit sous l’angle environnemental m'a semblé indispensable ».
Cette enquête a reçu le soutien du Fonds pour le journalisme en Communauté française.
Certains de ses volets ont été relatés au travers de 3 articles de deux pages parus dans La Libre, et un reportage télévisé diffusé dans Le Jardin Extraordinaire (RTBF), en novembre 2012.
Le travail a débuté en 2010, et s'est poursuivi jusqu'à ce jour : ce blog est destiné à fournir un récit évolutif des investigations effectuées. L’auteur espère aussi susciter de nouvelles découvertes grâce à cette publication continue.